La Bavardeuse

La vie d'une trentenaire qui pense trop


5 minutes avec toi

5 minutes avec toi 7 ans, ça fait 7 ans que j'ai eu la nouvelle qui m'a le plus fait mal dans ma vie. Si seulement tu étais encore ici. Je pourrais aller chez toi, te surprendre dans ta balançoire dans la cour. Grand-papa serait assis devant toi en train de dormir, sûrement ! Et toi, tu serais en train de faire tes mots cachés. Le son de la porte qui ouvre te ferait lever la tête et je verrais tes yeux s'éclairer par ma visite surprise. Tes yeux si bleus avec ta peau bronzée qui rendait jaloux tous ceux qui n’avait pas le temps de se mettre au soleil comme tu le faisais. Si seulement tu étais encore ici pour que j’aille m'asseoir à côté de toi, que je te prenne la main, que je caresse ta peau qui était rendue si mince. Et toi, tu ferais ta forte, comme d'habitude, en disant que tout va bien.

Il n'y a pas une journée depuis les 7 dernières années où je ne souhaite pas pouvoir te revoir. Je me demande souvent ce que je pourrais bien te dire, parce qu’en fait, depuis que t'es partie, je continue de te parler constamment. La seule différence, c’est que je n’ai pas de réponse en retour. Et c’est de tes réponses que j’ai besoin. Ta sagesse, ton grain de folie. J’aimerais que tu me dises que tout va bien aller. Que tu es fière de la femme que je suis devenue et que tu n’es pas inquiète pour moi. Que si je n’ai toujours pas trouvé l’amour, c’est parce que la vie fait juste attendre que je sois vraiment prête. Qu'il s'en vient, t'attendais juste le bon moment pour me l'envoyer, parce que quand il arrivera dans ma vie, ça va tout chambouler tellement ça va être beau.

Si seulement tu étais encore ici, avec nous, à rire à plein poumons, à nous offrir des chips et toutes sortes de cochonneries que tu cachais juste pour quand on allait chez vous. Encore après toutes ces années, je t’en veux encore d’être partie par la porte de derrière sans nous dire au revoir. Je le sais que si tu l’as fait, c’était pour t’éviter de voir notre inquiétude, de voir les larmes sur nos visages. Pour la première fois de ta vie, tu as été égoïste. Toi qui n’as que fait que penser aux autres, toute ta vie. Toi qui est passée en dernier dans tout ce que tu faisais, parce que le bien-être des autres, c’était ce qui était le plus important, tu as pensé à toi et tu as gardé un secret pour pouvoir partir tranquillement dans la nuit.

J’aimerais tellement savoir ce qui s’est réellement passé cette nuit-là. Avec ton mari. Est-ce qu’il t’a tenu la main jusqu’à la fin ? Est-ce qu’il a paniqué ? Est-ce que tu étais capable de lui parler pendant que tu t’en allais ? Comment tu t’es sentie toi ? As-tu eu peur, est-ce que c’est vraiment ça que tu voulais ? La mémoire de grand-papa est partie avec toi. Le peu de mémoire qui lui restait, tu l’as emportée avec toi. Les souvenirs de cette nuit-là, il n’y a que toi qui les connais.

Tu m'as vu grandir, du haut de notre duplex dans Hochelag'. Tu me voyais débarquer chez vous, parce que chez nous c'était plate. Tu ne me posais pas vraiment de questions, tu attendais que je te parle. Je me souviens des dîners chez toi, de l'odeur de l'appartement. Je me souviens encore de ton odeur à toi. Tu t'es sûrement autant inquiété que maman pour moi, mais tu ne me l'as jamais vraiment fait sentir. Je savais que tu étais là, t'étais la meilleure grand-maman que j'aurais pu avoir.

Tu m’as vu devenir en couple, à 18 ans. Tu m'as vu devenir mère et tu as commencé à t'inquiéter pour moi à ce moment, parce que tu le savais toi, que je n'étais pas heureuse. Tu m'as vu devenir malheureuse et prisonnière de mon couple. Tu me disais qu'il n'y avait plus rien dans mes yeux, plus de vie, plus de joie. Et finalement tu m'as vu me séparer, tu as vu ma douleur. Tu étais de la génération des gens qui travaillent fort pour leur couple, de ceux qui ne se séparaient pas, mais tu me comprenais. Et j’aurais tellement aimé que tu me vois à nouveau heureuse. J’aurais aimé que tu fasses rire mon amoureux et que surtout, tu le rendes mal à l’aise avec tes jokes de cul.

Aujourd’hui, dans ton ciel, est-ce que tu m’entends ? Est-ce que tu le sais à quel point je suis en manque d'amour ? Est-ce que tu le sais à quel point je me sens seule même si je suis entourée de gens extraordinaires ? Toi, d’en haut, est-ce que tu m’entends quand je te demande de m’aider à passer au travers ce célibat qui ne semble plus finir depuis que tu es partie ? Toutes ces années à trouver mon lit trop grand. À me dire que j'ai plein d'autres choses dans ma vie pour me combler. Qu’un jour ce sera mon tour, mais que ce tour ne semble jamais se pointer.

Grand-maman, je t’ai crié "pourquoi" trop souvent dans mon lit. Je t’ai demandé trop souvent conseil. Je t’ai demandé de m’envoyer un signe à savoir si j’allais avoir mal ou non. J’ai peur Grand-maman, j'ai peur que l'amour ne soit pas fait pour moi. J’ai peur de finir ma vie seule. Pourquoi t'es pas là ? J'irais me coller sur toi, tu pourrais me flatter les cheveux pendant que je me bourre la face dans tes cochonneries !!

Je t'aime, j'espère que t'es heureuse là-haut. On se reparle ce soir.

Isa

5 months, 2 weeks ago


Ralentir

Ralentir
Se caser à 18 ans. Partir de la maison à 19. Penser avoir trouvé l’homme de sa vie. Ne pas vivre sa vie de jeune adulte comme les autres. Tomber enceinte à 23 ans. Être mère à 24. Voir ses amis sortir dans les bars. Les envier de voyager ou d'être en train de faire le party. Se sentir perdue. Se sentir vieille alors qu’on est tellement jeune. Douter.

Réaliser qu’on n’est pas heureux. Se séparer parce que plus rien ne va. Être perdue. Ne pas savoir qui on est. Ne pas savoir ce qu’on vaut. Tenter de survivre. Essayer de se relever. Être mère monoparentale. Trouver que la vie est tof. Voir son ex en couple et heureux. Douter.

S’entrainer. Changer physiquement. Être mieux.

Découvrir les bars beaucoup trop tard. Errer de bord en bar. Rentrer seule. Prendre son oreiller et se consoler. Se faire croire que c’est ce qu’on veut. Recommencer.

Tomber en amour. Se faire briser le cœur. Tenter de se relever. Sortir le plus souvent possible de la maison.

S’occuper de son enfant. Manquer de patience avec les devoirs. Apprécier les moments à deux, mais avoir hâte de retrouver son temps seule. Essayer d’être la maman cool. Être épuisée.

Promotion au travail. Être sur le pilote automatique. Avoir hâte à 16h. Vivre le jour de la marmotte. Trouver son bonheur ailleurs.

Être l’amie célibataire. Sortir toujours dans les bars. Essayer de rencontrer l’amour alors qu’on est saoule. Avoir du fun. Se coucher trop tard.

Embrasser un ami. Tomber en amour. Être heureuse. Découvrir les vrais voyages. Vivre autrement. Penser que c’est notre nouvelle façon de vivre. Avoir le cœur brisé. Tout recommencer. Tenter de se convaincre qu’on va bien. Pleurer trop souvent.

Toujours être présente pour son enfant. La voir vieillir et trouver qu’on est encore jeune. Se demander si on fait bien son travail de parent. Douter. Être réconfortée. Se coller. Comprendre qu’on est une bonne mère. Être heureuse.

Réaliser que nos amis d’enfance vivent ce qu’on a vécu il y a 10 ans. Ne pas se sentir à la même place qu’eux. Avoir l’impression d’être une ado. Rencontrer du nouveau monde. Sortir. Découvrir toujours de nouveaux restos, de nouveaux bars. Être fatiguée.

Aller voir ses parents. Se faire dire qu’ils sont découragés. Avoir l’impression de les décevoir. Se remettre en question.

Voyager seule. Avoir peur. Se faire confiance. Découvrir qu'on est plus forte qu'on le pense. Être fière.

S’attacher à nouveau. Être encore déçue. Avoir l’impression de ne pas être assez bien. Faire croire que tout va. Être fatiguée.

Texter avec sa pré-ado. Réaliser qu’elle vieillie bien. Vouloir prendre sa place et l’empêcher d’être témoin des chicanes chez son père. Voir que son ex n'est pas si heureux que ça finalement. Vouloir sauver son enfant. Lui faire voir les bons côtés de la vie. Voyager avec elle. La voir rire. Être moins fatiguée quand elle est là.

Réaliser pourquoi on est fatiguée. Décider de ralentir.

Avoir envie d'être seule à la maison avec son enfant. Avoir envie de retrouver ses vieux amis. Les écouter raconter leur vie de parents. Les comprendre. Rire. Se coucher le cœur léger. Être heureuse.

Réaliser que toutes ces années ont passé. Délaisser les bars. Ralentir.

Expliquer pourquoi on ralenti. Se retrouver. Être bien.

Prendre le temps d’être bien. Ne pas trop penser à demain. Répéter.

Isa

11 months ago


Je ne serais pas moi sans toi

Je ne serais pas moi sans toi

Tu as changé ma vie! Y'a plus de 2 ans, c’est comme si tu m’avais pris par la main pour me dire: "Viens t'es prête maintenant à vivre quelque chose de différent".

Ça fait déjà autour de 5 ans qu’on se connaît. Sur ces 5 ans, pendant 3 ans je te tenais à l’écart. Je n’avais aucune envie de te laisser entrer dans ma vie autrement qu’autour d’un verre avec plein d’autres amis. Et le soir de mes 32 ans, j'en n'avais encore aucune idée, mais c’était le début de la nouvelle partie de ma vie.

Je ne voulais pas de toi, tu étais trop insistant. Tu me voulais trop en fait. Je le savais que tu t’étais mis au défi dans ta tête de « m’avoir ». T'aimes ça les défis, y’a souvent rien qui t’arrête, sauf moi ! Moi je t’ai arrêté longtemps. Mais je te voulais dans ma vie, je ne savais juste pas comment.

Tu as persévéré et j’ai abdiqué. Je me suis laissée aller avec toi un soir de septembre sur ton bateau. Puis, est arrivé ce périple sur le voilier qui a changé ma perception de toi. Il n’y avait que toi et moi pendant plusieurs jours. On apprenait à apprivoiser ton voilier en même temps qu’on apprenait à se connaître réellement. C'est là que j'ai commencé à changer, sur ce bateau.

Tu as changé ma vie la minute où tu m’as montré à arrêter de tout planifier. Lorsque tu m’as montré que la spontanéité était quelque chose qui manquait à ma vie. Je vivais depuis 30 ans avec un plan. Je devais savoir ce qui m’attendait le lendemain. Mais avec toi, tout était toujours une surprise.

Puis, est arrivé Bali, le point tournant de ma trentaine. Je ne suis plus la même depuis ce voyage. J’ai appris à respirer par moi-même à l’autre bout du monde. J’ai pleuré comme un enfant à mon retour, j’avais peur que ce que j’avais vécu pendant ce petit 10 jours dans ce pays n’allait plus jamais se reproduire.

Notre histoire n’a jamais été simple dans ma tête, j’ai toujours voulu et attendu plus de toi. En fait, je ne voulais pas perdre ce que j’avais acquis pendant les mois passés avec toi. Je n’avais pas envie de te laisser partir, parce que j’avais peur de perdre la légèreté que tu m’apportais, comme si c'était impossible de l’avoir sans toi.

J’ai changé ma vie en 1 an et demi, plus que je n’ai pu le faire depuis les 15 dernières années, et c'est grâce à toi !

Je suis heureuse de voir que je continue ma légèreté même sans toi. C’est pas toujours évident, je dois me parler souvent, mais j’ai tes paroles qui résonnent encore dans ma tête pour m’aider.

Merci de toujours faire partie de ma vie …

1 year ago


J'aime pas les filles

J'aime pas les filles
J’aime pas les filles. C’est compliqué une fille, ça toujours une histoire compliquée qui vire au drame, c’est jamais simple. Ça peur de rire aux mauvais moments, ça fait toujours attention à ce qu’elle dit quand y’a des gars autour. Et quand ça rit en présence d’un gars, ça sonne toujours étrange.

J’aime pas les filles, probablement parce que j’en suis une. Je suis une vraie fille en plus. Avec mes drames, mes sautes d’humeur pis tout le kit. J’ai déjà de la difficulté à me gérer, je n’ai pas envie de gérer une autre fille en plus. Parce que bin oui, une fille, qu’on le veuille ou non, ça toujours une histoire qui traîne dans le fond de sa tête.

J’aime pas les filles, sauf celles qui sont capables de gérer des conflits comme des gars. Celles-là, ça va.

J’aime pas les filles, je préfère la compagnie des gars. C’est simple, c’est drôle et parfois très épais. Ça parle de tout, sauf dans le dos des autres, pour la plupart. C’est parfois colons quand ça voit une fille avec un décolleté passer devant eux. Mais ce qui est bien, c’est que justement, je peux les traiter de colons et y’aura pas de drame, la plupart du temps.

J’aime être entourée de gars, mais quand une fille approche, j’ai juste envie de quitter le groupe. Les filles se mettent à roucouler, les gars se mettent en mode séduction, et y’a pu rien de pareil.

J’aime pas les filles, parce qu’elles n’aiment pas que je sois l’amie de leur chum. Une fille, ça prend mal le fait que j’invite leur homme à prendre un verre sans elle. Mais c’est plus fort que moi, je n’ai pas envie d’avoir à justifier mon amitié avec leur chum. J’étais là avant elle dans leur vie et parfois, j’ai juste envie qu’on se raconte nos vieilles niaiseries sans leur expliquer toute l’histoire qui vient avec.

Y’a pas d’arrières pensées, y’a juste une fille qui veut voir ses amis une fois de temps en temps sans leur blonde. C’est pas méchant, c’est juste un peu égoïste de ma part

J’aime pas les filles, ça se compétitionnent entre elles, ça se compare. S’il y en a une plus belle ou plus mince, l’autre n’osera pas manger ce qu’elle veut au restaurant, de peur de se faire juger.

Une fille ne se gênera pas pour te dire comment vivre ta vie, même si sa vie à elle est toute croche.

Pour mes nouvelles fréquentations, j’ai anormalement trop d’amis de gars. Je reste amie avec mes anciennes fréquentations, j’aime encore leur compagnie même si c’est terminé. J’me sens bien avec ma gang de « boys ». Et ce n’est pas une question sexuelle, j’me sens juste bien quand je suis entourée de gars.

J’aime les gars. Je sais, j’ai l’air d’une ado quand je dis ça ! En fait, c’est vrai que je n’ai pas changé à ce niveau là depuis le secondaire. Je préfère mes « boys ». Ils sont simples, ils veulent avoir du plaisir, ne pas avoir de drames. J’aime mes « boys » mais quand y’a pas de filles autour, parce que c’est à ce moment-là que je les perds tous un à un.

Je suis la « one of the boys », la friendzonée et celle qui friendzone. Je suis la fille dans le bar qui se fait regarder drôlement par les autres filles parce que j'ai juste des gars avec moi. Et évidemment, je ne me fais pas aborder dans un bar, parce que y’a clairement trop de gars avec moi. Mais j'assume !

J'aime pas les filles, mais tout comme les gars, je ne peux pas me passer d’elles. Je ne peux pas me passer nos soirées à rire comme des adolescentes. À parler dans le dos des gars, parler de nos problèmes et à comparer nos vies. Je n’aime pas les filles, mais mes chums de filles, je ne m’en passerais pas pour rien au monde.

1 year ago


La bouée

La bouée J’étais bien avant que t’arrives. Je flottais sans effort. Je ne voulais pas de toi dans ma vie, je n’avais pas besoin de compliqué. J’en ai assez eu. Mais comme à mon habitude, j’ai refait un mauvais choix en te laissant m’approcher au milieu de l’océan.

C’était subtil, ce n’était que quelques échanges. Mais ça s’est vite transformé en une envie de toujours regarder autour si tu flottais pas loin. Et tu étais là.

Je ne te voulais pas dans ma vie. Tu étais tout le contraire de ce dont j’avais besoin. Mais tranquillement, on a été chacun la bouée de l’autre. J’avais moins envie de le voir lui, j’avais envie de te voir toi.

Aujourd’hui, toi, tu es rendue sur la plage, tu n’as plus besoin de moi comme bouée. Tu es arrivé à destination, là où tu voulais être depuis des années. Je t’ai aidé à garder la tête hors de l’eau le temps que tu te rendes sur la rive de l’autre côté.

Cependant, j’ai dépensé toute mon énergie à t’aider à nager. Moi je suis encore en plein milieu de l’océan, à faire du surplace. À tenter tant bien que mal de respirer et me rendre de l'autre côté par moi-même. J’ai mal et j’ai envie de tout abandonner. J’ai l’impression que l’autre rive est trop loin, que je n’y arriverai jamais. Qu’il y aura toujours quelqu’un en chemin et que je ne pourrai faire autrement que de le sauver avant de me sauver.

Est-ce qu’un jour je vais croiser quelqu’un qui va m’aider à mon tour ? Est-ce que je vais me laisser aider ? J’ai trop l’habitude de donner toute mon énergie à celui qui en a besoin, comment vais-je faire pour me laisser donner un élan ?

Et rendu sur l’autre rive, qu’est-ce qui m’attends ? Je ne m’y suis jamais rendue sur cette île qui semble si tranquille et réconfortante. Pourtant, en ce moment, cette île est si loin que je n’y vois que du noir. J’ai peur de ce qui m’attend si je m’y rends. Et si, lorsque j’y serai, on me relance en plein milieu de l’océan encore une fois ? Et que cette fois, je ne sois plus capable de nager, que je ne trouve plus de bouée.

Le pire, c’est que je ne t’en veux même pas. Je m’en veux à moi de toujours avoir besoin de trouver quelqu’un qui est en plein milieu de l’océan, en train de se noyer, que je pourrais sauver. Ce n’était pas de ta faute, tu as pris mon aide et mon souffle. Je t’ai fait croire que j’allais être ok, que je n’aurais pas besoin de ton aide une fois que tu serais hors de danger. Que tu allais toujours pouvoir compter sur moi.

Et comme les autres que j’ai sauvés, une fois rendue sur l’île, on dirait qu’il y a quelque chose qui vous empêche de voir qu’une vague m’a ramené très loin de vous. Vous êtes bien maintenant. Et même si c’est un peu grâce à moi, vous n’avez plus besoin de moi.

Si jamais tu y penses, tu m’enverras une bouée à ton tour. J’aimerais, même si j’ai peur, te rejoindre sur ton île.

1 year, 1 month ago


Y'a pas de sexe entre nous mais ...

J'te laisse, c’est fini. J’en peux plus de tes histoires, de tes drames et du contrôle que tu as sur moi depuis toutes ces années. Comme mes autres ruptures, je risque de revenir une fois de temps en temps, prendre de tes nouvelles, voir si je ne te manque pas un peu. Mais j’ai espoir qu’un jour, une coupure complète sera faite.

Ça fait quoi, 6 ou 7 ans que je partage tout avec toi ? Toutes ces années, tu étais là, plus présent que quiconque. À chaque occasion, mon attention allait vers toi. Depuis 2 semaines, j’ai commencé la rupture. Quand tu n’es pas avec moi, ça va bien, je n’ai pas besoin de me contrôler pour te consulter. C’est quand tu es près de moi que c’est encore difficile, le réflexe de te caresser, de te montrer le meilleur côté de moi. C’est toi qui est là, qui était là pour me divertir, me faire sentir moins seule alors qu’en réalité y’a personne d’autre que moi dans mon salon. Tu as même réussi à me faire sentir importante aux yeux de gens qui ne me connaissent pas. Tout ce que je faisais, je me devais de te le dire, de le partager avec toi. Chaque photo que tu as vue passer, j’y ai passé du temps pour la prendre et l'arranger afin que tu me trouves jolie et qu’eux aussi me trouve jolie.

C’est certain que j’ai rencontré plein de gens qui font encore partis de ma vie aujourd’hui. J’ai passé du bon temps grâce à toi et je t’en remercie, mais c’était y’a longtemps. Tu as changé et moi aussi.

Depuis quelque temps, je ne te regarde presque plus. T'es encore aussi beau que la première fois que je t'ai tenu dans ma main, mais tu perds ta place tranquillement dans ma vie. Je quitte la maison sans toi. Je commence à voir d’autre chose que toi. Tu sais ce que je fais ces jours-ci ? Je vais marcher comme je le fais en voyage quand t’es pas disponible. Je vais marcher et je m’arrête dans un parc pour observer les gens. La dernière fois que j’avais fait ça, tu n’étais pas encore dans ma vie. Je n’avais pas réalisé à quel point ça me manquait, parce que t’étais toujours là à me contrôler.

Et en plus, au lieu de regarder les photos des enfants d’inconnus qui sont en train de jouer au parc que tu me faisais défiler, j’ai maintenant les yeux rivés sur ma propre fille qui s’amuse et qui devient tranquillement sa propre personne. Je n’avais pas réalisé à quel point c’est bon de la regarder jouer et surtout à quel point elle est fière quand son regard se pose sur une maman qui la regarde jouer au lieu de te regarder toi.

C’est pas toujours facile, t’es partout ! T’es dans les mains de tout le monde: au magasin, sur la rue et même dans les voitures. À cause de toi, les gens ne se regardent plus, ne voient plus ce qui se passe autour d’eux. J’ai trop longtemps marché sans regarder devant moi. J’ai trop souvent été plus intéressée par ce que tu me laissais voir que parce que j’avais vraiment envie de voir.

Aujourd’hui, je te trouve un peu hypocrite. Tu ne me montrais que le beau, comme moi je ne partageais que le beau avec toi. Mais la vie, c’est pas ça. La vie c’est des chicanes, des gens qui se laissent dans un resto, un gars qui boit sa peine au bar. C’est un couple qui se tient par la main ou qui est couché dans le gazon au parc. C’est leurs éclats de rire que tu ne m'as jamais permi d'entendre juste par les photos que tu me montrais. C’est des enfants qui crient dans une ruelle de Montréal. C’est un ballon qui va dans la rue et un parent qui crit après son enfant pour ne pas qu’il court après. La vie elle est là, dans ma face, pas dans ton écran. La vie, la vraie, tu ne peux pas la supprimer, la poker ou la commenter. Tu la vis et c’est tout.

Je suis capable de vivre sans toi quand je suis en voyage, pourquoi je ne serais pas capable de vivre sans toi ici aussi ? Ça ne sera pas toujours évident, la chaine n’est pas complètement coupée, j’ai encore besoin de toi, mais je suis fière de dire que je te délaisse. J’ai envie de remplacer tes likes par un cheers entre amis. De remplacer tes compliments sur une photo qui m’a pris 5 minutes à prendre et à partager avec le bon filtre par un compliment gratuit d’un gars sur la rue. En espérant que lui aussi se lève la tête et te délaisse à son tour.

Tu as fini de prendre mon énergie en même temps que tu te vides de ta batterie. Je reprends le contrôle.

Isa, future ex-nomophobe

Illustration : Yan Theriault

1 year, 7 months ago