La bouée

La bouée
J’étais bien avant que t’arrives. Je flottais sans effort. Je ne voulais pas de toi dans ma vie, je n’avais pas besoin de compliqué. J’en ai assez eu. Mais comme à mon habitude, j’ai refait un mauvais choix en te laissant m’approcher au milieu de l’océan.

C’était subtil, ce n’était que quelques échanges. Mais ça s’est vite transformé en une envie de toujours regarder autour si tu flottais pas loin. Et tu étais là.

Je ne te voulais pas dans ma vie. Tu étais tout le contraire de ce dont j’avais besoin. Mais tranquillement, on a été chacun la bouée de l’autre. J’avais moins envie de le voir lui, j’avais envie de te voir toi.

Aujourd’hui, toi, tu es rendue sur la plage, tu n’as plus besoin de moi comme bouée. Tu es arrivé à destination, là où tu voulais être depuis des années. Je t’ai aidé à garder la tête hors de l’eau le temps que tu te rendes sur la rive de l’autre côté.

Cependant, j’ai dépensé toute mon énergie à t’aider à nager. Moi je suis encore en plein milieu de l’océan, à faire du surplace. À tenter tant bien que mal de respirer et me rendre de l'autre côté par moi-même. J’ai mal et j’ai envie de tout abandonner. J’ai l’impression que l’autre rive est trop loin, que je n’y arriverai jamais. Qu’il y aura toujours quelqu’un en chemin et que je ne pourrai faire autrement que de le sauver avant de me sauver.

Est-ce qu’un jour je vais croiser quelqu’un qui va m’aider à mon tour ? Est-ce que je vais me laisser aider ? J’ai trop l’habitude de donner toute mon énergie à celui qui en a besoin, comment vais-je faire pour me laisser donner un élan ?

Et rendu sur l’autre rive, qu’est-ce qui m’attends ? Je ne m’y suis jamais rendue sur cette île qui semble si tranquille et réconfortante. Pourtant, en ce moment, cette île est si loin que je n’y vois que du noir. J’ai peur de ce qui m’attend si je m’y rends. Et si, lorsque j’y serai, on me relance en plein milieu de l’océan encore une fois ? Et que cette fois, je ne sois plus capable de nager, que je ne trouve plus de bouée.

Le pire, c’est que je ne t’en veux même pas. Je m’en veux à moi de toujours avoir besoin de trouver quelqu’un qui est en plein milieu de l’océan, en train de se noyer, que je pourrais sauver. Ce n’était pas de ta faute, tu as pris mon aide et mon souffle. Je t’ai fait croire que j’allais être ok, que je n’aurais pas besoin de ton aide une fois que tu serais hors de danger. Que tu allais toujours pouvoir compter sur moi.

Et comme les autres que j’ai sauvés, une fois rendue sur l’île, on dirait qu’il y a quelque chose qui vous empêche de voir qu’une vague m’a ramené très loin de vous. Vous êtes bien maintenant. Et même si c’est un peu grâce à moi, vous n’avez plus besoin de moi.

Si jamais tu y penses, tu m’enverras une bouée à ton tour. J’aimerais, même si j’ai peur, te rejoindre sur ton île.

Isa T @isatess

Published 1 year, 9 months ago


Leave a comment


Receive following comments